Interview publiée dans un supplément du Monde, Les Cahiers de la Compétitivité, 9 mai 2006
Pierre Laffitte, Président du pôle SCS :
"Les pôles fédèrent les énergies mais les financiers privés ne sont plus ce qu’ils étaient!"
En PACA, on ne présente plus le charismatique sénateur Laffitte. X-Mines, père spirituel du premier cluster avant la lettre avec Sophia-Antipolis, président du pôle mondial Solutions Communicantes Sécurisées, Pierre Laffitte, 81 ans, est un vrai jeune homme, passionné tout autant par l’éthique scientifique et le développement durable que les nanotechnologies et la RFID.
La profusion des pôles est-elle une bonne chose pour la compétitivité ?
Suite à son appel d’offre, la Datar s’attendait à une dizaine de réponses. Le gouvernement s’est retrouvé face à une vague qu’il n’avait pas anticipée. On pourrait penser que 68 pôles, c’est trop. Je crois pour ma part qu’il était difficile de faire fi des bonnes volontés. Espérons que les processus administratifs de labellisation des projets ne seront pas retardataires. Il est clair que l’AII, l’ANR, le Ministère de l’Industrie ou encore Oseo-Anvar devront eux aussi s’adapter à cette nouvelle dynamique. La compétitivité liée à l’innovation est indispensable pour permettre à la France de rejoindre le peloton de tête des pays développés. Tout en générant des centaines de millier de création d’emploi. Nous vivons aujourd’hui une véritable révolution sociale basée sur la numérisation de la société.
Quels sont les atouts spécifiques de PACA ?
Nous avons la chance de réunir en PACA une quantité de structures industrielles de caractère international, de start-up innovantes et de laboratoires de recherche qui participent déjà à plusieurs pôles. Tous les acteurs sont engagés : les grandes écoles, comme celle des Mines ou l’institut Eurecom, sont parties prenantes. Toutes les universités et les laboratoires de PACA sont présents dans les pôles. Sans compter les sous-traitances qui se développeront à partir des projets labellisés et qui ne sont pas encore formulées. Evidemment, ces collaborations ne sont pas nées uniquement de l’appel à projet. Nous disposions déjà d’une forte activité en la matière. Le problème a donc été de sélectionner les projets les plus mûrs.
La région PACA peut-elle rivaliser à l’international ?
Bien sûr ! Nos pôles ne sont pas purement hexagonaux, ils sont tournés vers l’extérieur. Tous nos projets ont un partenariat étranger. Cela renforce notre attractivité pour les sièges sociaux mondiaux, européens ou français de multinationales comme IBM, HP, SAP ou Hitachi… Sur SCS, Cisco ou Siemens sont déjà prêts à doubler la mise de leurs investissements ! Notre monde s’ouvre de plus en plus, la compétition n’en est que plus renforcée. Un exemple : Wipro Technologies, le géant indien de l’informatique vient de décider d’intensifier son implantation dans notre région. Même en informatique, l’Inde peut considérer qu’il y a une compétitivité possible en Paca ! Quant aux risques ou craintes de la mondialisation, Sophia a au contraire pensé que c’était une chance. Sans la mondialisation, Sophia n’existerait pas !
La vision régionale garde-t-elle un sens ?
Pour l’instant oui, mais on ne peut se limiter à une vision régionale des pôles. L’organisation territoriale est importante mais il faut veiller à ce que les relations inter-pôles se développent. Surtout que notre pôle SCS concerne pratiquement la totalité des pôles : tous ont besoin de solutions communicantes sécurisées. Nous avons donc intérêt à multiplier les contacts privilégiés avec d’autres secteurs et d’autres pôles nationaux. SCS est en relation avec l’ensemble des pôles TICS français. Les pôles « Mer » sont déjà en relation, même chose pour les pôles « Risques ». Les scientifiques se connaissent entre eux. Les industriels aussi.
Comment aider les PME à devenir les leaders de demain ?
La question cruciale des PME est avant tout un problème de dynamique du capital-risque en France. Le petit nombre des success-stories en Europe est préoccupant. Raison principale : les capital-risqueurs européens sont plus frileux que les industriels. Or la majeure partie des fonds est privée. Les grandes banques d’investissement ne sont plus ce qu’elles étaient à l’époque de la création des sociétés qui composent le CAC 40 aujourd’hui ! Les entreprises ont besoin de beaucoup d’argent. La solution que je préconise : demander à la banque européenne d’investissement de lancer un grand emprunt de l’ordre de 150 milliards d’euros réservé à l’innovation. Cela permettrait de booster les possibilités de capital amorçage.
Propos recueillis par Jean-Christophe Buchot



