27.10.2006
Quand la Chine innovera...
Entreprises :
- 70% de leurs recettes proviennent des produits et des services traditionnels existants,
- 20% du développement et de l'amélioration de leurs produits et services,
- 10% seulement de la création et de l'innovation.
Ces résultats sont issus de l'Enquête spéciale sur les créations et les innovations effectuée par le Bureau d'Etat des Statistiques (BES)… en Chine.
Shanghaï est considérée par les Chinois comme la ville des start-up, et la ville étrangère idéale pour innover : New York. Et non Paris, Lyon, Grenoble, Nice, Marseille, Toulouse ou Caen...
Et la France dans tout ça ???
Ne doutons pas que le président Chirac ait invité ses hôtes à découvrir nos pôles de compétitivité. La visite des grands patrons du CAC 40 et la vente des 150 A320 d'Airbus changeront peut-être le regard des Chinois sur l’innovation hexagonale. Car, comme le rappelle l'Elysée, "une partie de l'influence et de la place de la France dans le monde de demain dépend de son aptitude à construire avec la Chine une relation particulièrement forte".
Pour ceux qui voudraient tenter l'aventure de l'innovation en Chine : UbiFrance et Oséo.
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Source Radio Chine Internationale
18:28 Publié dans Enjeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : innovation, compétitivité, Chirac, Chine, entreprises, start-up, ubifrance
Do, or do not, there is no try...
Suite à notre video sur les robots danseurs, voici le petit cadeau de maître Yoda.
Bon week-end sur les dance floors. Et dans vos projets, suivez le conseil du sage : "Do, or do not, there is no try"...
Iritsen
11:00 Publié dans Enjeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : yoda, star wars, projets
06.10.2006
RTRA : la recherche avance
A ceux qui s’interrogent encore sur l’utilité des RTRA (Réseaux thématiques de recherche avancée) et sur leur rôle à jouer par rapport aux déjà existants pôles de compétitivité et autres PRES (pôles de recherche et d’enseignement supérieur), le Figaro apporte une réponse :
« Ces nouvelles structures ont vocation à associer des équipes scientifiques du meilleur niveau pour développer des projets instaurant une collaboration plus étroite entre plusieurs équipes issues d’organismes de recherche différents dans un domaine donné », peut-on lire dans l’édition du 06.10.06.
Nous voilà sauvés!
Nos deux dernières notes sur le sujet: "recherche française: l'usine à gaz en surrégime" (05.10.06) et "recherche: Villepin veut donner aux jeunes le goût de la science" (04.10.06)
17:10 Publié dans Enjeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : RTRA, poles de competitivite, PRES
05.10.2006
Recherche française : l'usine à gaz en surrégime
Un nouveau monstre vient de faire irruption dans l'arène. Il répond au doux nom de RTRA. Et c'est le Premier ministre Dominique de Villepin qui a annoncé mercredi 4 octobre à la Villette les 13 premiers projets retenus dans le cadre de ces Réseaux thématiques de recherche avancée (voir note du 04.10.06). Les RTRA rejoignent donc le bestiaire grouillant des agences, conseils, organismes et autres pôles censés favoriser la recherche, l'innovation et la compétitivité du pays. Mais est-ce vraiment si favorable? Pas si sûr... Multiplication vertigineuse des instances, opacité des décisions... Qui comprend aujourd'hui le fonctionnement de cette structure?
Parcourons les fiches techniques du Pacte pour la recherche. Voici les différents noms et acronymes auxquels le lecteur est confronté: le HCST, le CIRST, l'ANR, l'AII, les PRES, les pôles de compétitivité, le CSRT, l'IHEST, l'AER, le CNER, les EPCS, les fondations de coopération scientifique, les RRIT, les EPST, les EPSCP, les EPIC, le label Carnot, l'initiative Eurêka... Et maintenant les RTRA. Comment un jeune, ou moins jeune, entrepreneur porteur de projet, un chercheur, un étudiant, peut-il s'y retrouver?
Avec les RTRA, cette fois encore, les prétendants à l'obtention de subventions devront séduire les invisibles responsables chargés de leur octroyer quelque aumône. Passage obligé: répondre aux appels à projet, comme cela semble être la norme avec d'autres organismes comme l'ANR et l'AII. Autant de temps en moins consacré à la recherche. Autant de temps en plus à noircir du papier.
Qui tire les ficelles?
"Je me retrouve à faire de la comptabilité et de la gestion de stocks, affirme dans Libération (29.09.06) Gilbert Laval, chercheur de l'Inra à Toulouse. L'Agence national de la recherche a fait de nous des épiciers." Un témoignage que ne renieraient d'ailleurs pas nombre de responsables de PME devant répondre aux appels d'offre. La multiplication des interlocuteurs pourvoyeur de fonds dans le domaine de la recherche et de l'innovation ne rend-elle pas plus compliqué la tâche des chercheurs, ingénieurs et techniciens? Sans compter une concurrence entre unités de recherches, labos et entreprises pas toujours productive.
Autre interrogation: qui décide dans toutes ces instances? Qui, doué d'un discernement à la limite de la prophétie, peut décider de vie ou de mort de telle ou telle branche de recherche? Si l'identité des 20 membres du Haut conseil de la science et de la technologie (le HCST, installé le 25 septembre dernier) a été rendue publique, qu'en est-il de l'ANR et de l'AII?
Cette perle chez nos confrères de Libération (03.10.06): "L'ANR est sous contrôle exclusif du ministère [de la recherche], explique Georges Debregeas, physicien et vice-président de l'association Sauvons la Recherche (SLR). C'est peut-être la seule agence de moyens au monde qui ne dispose pas d'un conseil scientifique. C'est donc le ministère seul qui décide de la mise en place de tel ou tel programme de recherche, sous la pression des lobbies politiques et industriels."
La recherche française s'apparente de plus en plus à une véritable jungle. Chacun, ou plutôt chaque groupe de personnes, ne tente-t-il pas de sauver son morceau de viande dans un environnement qu'il ne maîtrise pas.
17:55 Publié dans Enjeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, anr, pole de compétitivité, ANR, AII, HCST
04.09.2006
Non, non, les sciences n'ont pas de sexe
Marie Curie doit encore se retourner dans sa tombe. Depuis un siècle, rien - ou presque - n'a changé: les femmes sont largement sous-représentées dans les sciences, l'ingénierie et les technologies. Et ce des études supérieures au monde professionnel. Pour juger de l'efficacité des dispositifs mis en place dans certains pays pour améliorer la situation, un colloque est organisé par l'OCDE les 28 et 29 septembre prochains à Ottawa (Canada).
Un rapport de cette même organisation, publié en mai 2006, précisait d'ailleurs que "dans la plupart des pays, les femmes représentent moins de 25% des étudiants en informatique et en sciences de l’ingénieur. En revanche, elles sont systématiquement plus nombreuses que les hommes en sciences de la vie." Des mesures efficaces sont donc attendues dans nombre de pays pour équilibrer les chiffres.
Enjeu: dynamiser des filières scientifiques universitaires désertées et garantir par la même occasion le renouvellement d'une main d'oeuvre qualifiée bien nécessaire pour assurer l'excellence technologique - et donc la compétitivité - de chaque pays.
Olivier James
18:25 Publié dans Enjeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femmes, sciences, OCDE, compétitivité
01.09.2006
Marchés publics: un mirage pour les PME?
Les PME en rêvaient, le gouvernement l'a fait. Depuis le 1er septembre, les PME voient leur accès aux marchés publics favorisé. Publié au Journal Officiel le 4 août, le décret portant sur la réforme du code des marchés publics est en effet entré en application aujourd'hui.
Seulement, il ne s'agit que d'une disposition incitative. L'article 60 du décret précise bien que "le pouvoir adjudicateur peut fixer un nombre minimum de petites et moyennes entreprises, au sens de l'article 48, qui seront admises à présenter une offre, sous réserve que le nombre des petites et moyennes entreprises retenues en application des critères de sélection des candidatures soit suffisant." On est donc encore loin de l'efficacité tant envié par les acteurs socioéconomiques du pays du Small Business Act, loi américaine votée en 1953 qui impose qu'une certaine part des marchés publics soit réservée aux PME.
L'OMC en cause
Une disposition peu ambitieuse? Ce n'est pourtant pas dû à un manque de motivation de l'Etat, le premier ministre Dominique de Villepin ayant bien rappelé à plusieurs reprises la nécessité d'un small business act à la française. Non, le problème se situe à une autre échelle, celle européenne. L'OMC (Organisation mondiale du Commerce) refuse à l'Europe cette méthode des quotas qu'elle a pourtant acceptée, par dérogation, aux Etats-Unis...
"Ce qui différencie nos entreprises de nos concurrentes américaines n’est donc pas tant de nature culturelle que légale. La renégociation de cet accord OMC, qui débute en septembre, offre le cadre d’action approprié pour réagir dix ans après avoir manqué le coche." C'est ce que déclarait le 12 juillet dernier l'AGFII (l’association des acteurs publics et privés de l’information numérique professionnelle. "L’enjeu est de taille : offrir à la jeune industrie européenne des TIC les moyens de se battre à armes égales sur le terrain de la compétitivité mondiale dans le but de promouvoir l’innovation, la croissance et l’emploi."
Pour avoir une chance de voir éclore dans les années à venir des "google" français et surtout européens, l 'OMC pourrait être le passage obligé. En attendant, des initiatives comme le Pacte PME - qui vise à favoriser l'accès des marchés publics et privés aux PME innovantes - sont donc loin d'être inutiles.
Olivier James
16:45 Publié dans Enjeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : PME, marchés publics, small business act, OMC
22.08.2006
La terre se réchauffe ? Bonne nouvelle !
Dorénavant, ils n'auront plus d'excuses. Les récalcitrants à la ratification du protocole de Kyoto, Etats-Unis en tête, avançaient toujours la même rengaine : la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GES) prôné par ce traité international est un frein à la compétitivité des entreprises, une entrave à l'économie du pays. Les réglementations et autres mesures visant à réduire de 5,2% d'ici 2012 l'émission des GES par rapport à 1990 ? Des contraintes extrêmement lourdes à gérer pour les industries. Alors pour les PME, n'en parlons pas...
Et pourtant ! Une étude de l'université de Berkeley (Californie) publiée le 16 août dernier, et dont le Journal de l'Environnement se fait également l'écho, vient contredire ce discours. Selon l'auteur, qui s'est penché sur le cas concret de la Californie, la lutte contre les GES est susceptible de stimuler l'économie de cet Etat. D'ici 2020, il estime que 17 000 emplois pourraient être créés et que le produit intérieur brut de la Californie pourrait augmenter de 60 milliards de dollars. Rien de moins.
Des opportunités pour les PME
L'argument en faveur de cette thèse? L'investissement et l'innovation dans de nouvelles technologies capables de réduire les émissions de GES sont propices aux économies des entreprises. "Ce rapport identifie de nouveaux profits capables d'émerger si les objectifs d'innovation sont coordonnées avec une politique de lutte contre le réchauffement climatique", est-il expliqué sur le site de l'Université. Bref, "lutter contre le réchauffement peut être lucratif ", résume simplement David Roland-Holst, l'auteur de l'étude.
Bien sûr, on peut rester dubitatif devant une thèse qui prône le tout-technologique plutôt que la modération consumériste et la lutte contre le gaspillage. N'empêche, comme l'affirme Gérard Zink, Directeur QHSE (qualité, sécurité et environnement) du groupe 3M en France dans l'Usine Nouvelle (12/07/06), "l'environnement et l'énergie constituent aujourd'hui des champs d'innovation, de création de valeur et d'emploi." Et comme en matière d'innovation les PME sont bien souvent plus dynamiques que les grandes entreprises, les nouvelles réglementations environnementales internationales comme le protocole de Kyoto ou le projet Reach (sur les produits chimiques), pourraient finalement permettre à nombre d'entre elles de se développer.
Vous travaillez pour une entreprise ou en connaissez une qui a mis au point une innovation originale et efficace pour lutter contre le réchauffement climatique ? N'hésitez pas à témoigner et à donner votre avis !
Olivier James
12:10 Publié dans Enjeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : compétitivité, innovation, réchauffement climatique, Kyoto
20.02.2006
Qu'est-ce qu'un pôle de compétitivité ?
Tout le monde a entendu parler des pôles de compétitivité, y compris au 20h00 de TF1. Mais lorsque je croise le citoyen K et lui dit que l'avenir de la France passe par lesdits pôles, il me répond: "C'est quoi un pôle de compétitivité ? Un truc d'entraînement sportif pour jeux olympiques scientifiques ?" Oui et non.
Un pôle de compétitivité réunit, au sein d'un même territoire, entreprises, centres de formation et unités de recherche, engagés dans des projets communs au caractère innovant, et disposant de la taille nécessaire à une visibilité internationale.
On distingue des pôles à dominante technologique où la R&D est prééminente, et des pôles à dominante industrielle davantage structurés par la densité du tissu productif et du réseau de commercialisation.
Dans tous les cas, partenariat, innovation et visibilité internationale sont des facteurs essentiels de reconnaissance des pôles.
En bref, un pôle de compétitivité représente :
La synergie sur un même territoire :
- d'entreprises, de toutes tailles
- de centres de formation
- de laboratoires de recherche
Un engagement sur une stratégie et des projets communs privilégiant :
- La Recherche & Développement industriels et l'innovation
- La mise en commun des compétences
- La visibilité internationale
Source © Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie
07:10 Publié dans Enjeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.12.2005
Les Français sont les plus gros consommateurs d'internet en Europe
Les internautes français passent en moyenne 13 heures par semaine sur internet, un record en Europe. C'est ce que révèle une enquête de l'European Interactive Advertising Association (EIAA), un organisme fondé par des sociétés internet et dédié à la promotion de la publicité en ligne.
Lire la suite sur ZDNET
12:50 Publié dans Enjeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.10.2005
Et pourquoi donc quitter la France ?
Quitter la France pour mieux respirer
Diplômés ou non, les jeunes partent en nombre travailler à l'étranger, loin d'un pays qu'ils jugent vieillissant et sclérosé.
Par Marie-Joëlle GROS et Gilles WALLON
jeudi 11 août 2005 (Liberation)
Ils ont entre 20 et 35 ans, sont éducateur, cuisinier, animatrice en cosmétiques, chercheur, producteur de jeux vidéo ou étudiant. Point commun : tous ont choisi de quitter la France pour aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs. Le goût de l'aventure, mais pas seulement. Ils évoquent aussi l'envie d'un grand bol d'air frais. Parce qu'en France il leur semble un peu vicié. Sont-ils plus nombreux qu'hier ? Aucune statistique ne permet d'appréhender numériquement le phénomène. Mais les organismes d'aide à l'expatriation ou les associations comme l'Union des Français à l'étranger disent «être de plus en plus sollicités par des jeunes» en quête de migration.
«Cinq CV envoyés, cinq propositions de boulot»
Avec 5 000 demandes par an dont 3 500 à 4 000 départs effectifs, le Québec est un véritable aspirateur de jeunes Français. Durant l'année, le bureau de l'immigration de la Belle Province, près des Champs-Elysées à Paris, organise trois réunions d'information par semaine. Slogan : «L'immigration n'est pas une aventure, c'est un projet.» Pour les candidats au départ, rien n'est laissé au hasard. Et souvent la greffe prend : seuls 15 % choisissent de revenir en France.
Ce mercredi de juillet, Germain (1), 27 ans, rentré depuis six mois des Antilles où il avait enchaîné les postes dans des bijouteries en duty free, est particulièrement volubile. «Pendant mes vacances, j'ai envoyé cinq CV au Canada, pour voir. J'ai eu cinq propositions de boulot.» Rien à voir avec l'accueil des employeurs français : 22 demandes déposées dans des bijouteries du sud de la France, une seule réponse positive. «Si t'as pas 40 ans et que t'es pas en costard, on te prend pas au sérieux. J'ai du mal à vendre la qualité de mon travail. En France, on préfère mettre en avant le nombre d'années.» Virginie, 26 ans, assistante dentaire, part avec lui. Leur arrivée au Canada est prévue pour janvier.
«Nos savoirs sont plus estimés ailleurs»
Embauché par «le numéro 1 mondial de l'animation et des jeux vidéo» comme producteur, Hughes, 29 ans, vit depuis deux ans à Vancouver, sur la côte ouest du Canada. Il a fait ses études à Grenoble, persuadé qu'«il y a de très bonnes formations en France et beaucoup de talents... mais pas de boulot». Il résume : «En France, personne ne recrute, par peur de ne plus pouvoir virer les gens. Et c'est très dur de travailler en free lance. Ici, à Vancouver, pas de problème d'emploi. Celui qui veut bosser bosse. Depuis que j'ai été embauché, j'ai reçu quatre nouvelles propositions. Et j'ai multiplié mon salaire par trois ou quatre par rapport à la France.»
Nicolas, 25 ans, chercheur en physique en partance pour l'université Columbia, à New York, ne se fait lui non plus pas d'illusions sur la France. «On a l'impression que nos savoirs sont plus estimés ailleurs», remarque-t-il. Ce fils d'artisans remercie le système français mais se sent obligé de le quitter, au moins pour un temps. «Sans la France, je n'existerais pas. Mais la France ne suffit pas. Elle te forme, elle te paie des études, mais ne te donne pas les moyens d'appliquer ces savoirs.» Même constat pour Yves, en post-doctorat de physique dans une grande université américaine, qui déplore un manque de cohérence générale : «On a à la fois l'un des meilleurs systèmes de formation au monde, et un système de recherche qui frôle le n'importe quoi. Ceux qui sont un peu pépères ont les mêmes moyens que ceux qui se défoncent dans leur boulot.»
«Les carrières vont plus vite»
Guillemette, 28 ans, a longtemps rêvé des pays anglo-saxons «parce qu'en France, on s'arc-boute sur les diplômes. C'est très difficile de faire comprendre qu'on s'est trompé de voie mais qu'on a l'énergie pour faire autre chose. Comme si, une fois embarqué dans un secteur, il n'y avait plus de bifurcation possible». Pour Virginie, la compagne de Germain le bijoutier, partante pour le Canada, «une reconversion est techniquement difficile en France. Là-bas, elle est beaucoup plus simple et mieux acceptée». Vanessa, animatrice en produits cosmétiques en France, devenue très vite formatrice à Vancouver, note que, malgré son anglais «pas terrible en arrivant», les gens lui ont fait confiance. «Les carrières vont plus vite. A Paris, tout est figé, les gens ont du mal à vous donner votre chance.» Même pour de petits boulots. Jérémie a habité Londres pendant huit ans. Il y travaillait dans des bars, la nuit, en parallèle à une vie de musicien : «C'est incomparable, on trouve un job alimentaire en deux jours. Assez vite, je suis passé superviseur, un boulot bien payé. A mon retour à Paris, je me suis tout de suite retrouvé exploité, à faire serveur au noir, faute de mieux.»
Mais il n'y a pas que le travail. Au Canada, beaucoup espèrent trouver «une culture du respect, un esprit de solidarité loin du racisme français». A Vancouver, Hugues n'a «jamais vu d'embrouilles dans la rue, jamais de coups de klaxon énervés, jamais d'insultes dans les queues... La vie est tellement plus douce ! Pourtant toutes les nationalités et les religions se côtoient. Et ça se passe bien»... A Paris, Claire ne supportait plus «cette tension entre les gens». C'est aussi ce qui a poussé Jordan, 22 ans, à partir pour Londres l'an passé. Pour cet étudiant en anglais, futur professeur, la destination était évidente : une ville multiethnique et qui bouge. Tout le contraire selon lui de sa région, les Ardennes, un «no man's land culturel». Quand il rentre à Sedan, il ne se sent déjà plus chez lui. «Il y a ici une culture de l'immobilisme que je ne supporte pas. Je passe pour l'exotique de la famille parce que je vis en Angleterre !» S'exiler pour de bon, Jordan y pense sérieusement. «Je suis très heureux d'être né ici, d'avoir pu faire des études et pas les boulots pourris de mes parents. Mais en ce moment tout ça part en couilles : les réformes de l'université, la folie Sarkozy... Je me barre définitivement s'il passe en 2007.»
«Des gens plus positifs et plus confiants»
Juste avant de se rendre à une réunion du bureau d'immigration du Québec, Valérie, 34 ans, éducatrice en crèche, a assisté devant sa télévision à la défaite de la candidature de Paris pour les Jeux 2012 : «Ça m'a encore confortée dans mon choix de partir. On avait tellement besoin d'une impulsion, d'un espoir... J'ai l'impression de vivre dans un pays vieillissant qui s'enfonce chaque jour un peu plus, où les gens sont crevés. J'idéalise peut-être le Québec, mais j'ai l'impression que là-bas les gens sont plus positifs, plus confiants, plus respectueux des autres aussi. J'ai envie d'un nouveau départ et d'offrir une autre vie à mes jumelles de 9 ans.» Son loyer parisien est «un gouffre financier», son rythme de vie un défi perpétuel à la rapidité, «presque un TOC» (trouble obsessionnel compulsif), diagnostique-t-elle.
François-Xavier et Claire, 26 et 30 ans, ont abandonné leurs 25 m2 à Bastille pour une petite maison en Nouvelle-Zélande. «Il y a de l'espace ici, et surtout entre les gens, raconte Claire. C'est un pays jeune, une société qui avance. En France, j'avais l'impression que la société était sclérosée, excessivement codifiée, que tous les rouages étaient grippés.» Diplômé d'architecture navale, François-Xavier avait fini par trouver un «CDI bien payé à Paris. Mais l'ambiance était exécrable». Claire, historienne, ramait de petits contrats en petits contrats. Ils ont mis le cap sur Auckland, «la Mecque de la voile». François-Xavier a trouvé le poste de ses rêves. Claire fabrique des brioches avec entrain dans un «delicatessen».
Aucun n'a vraiment de regrets, tous disent avoir énormément gagné en qualité de vie. A Vancouver, Vanessa et Jean-Charles louent 100 m2 pour 750 euros, «le prix d'un petit deux-pièces à Paris». A quelques rues de là, Hughes a vue sur la mer et les montagnes, depuis les fenêtres de son grand appartement en centre-ville. Il l'a trouvé «en un après-midi», sans avoir à montrer patte blanche : «En France, je gagnais cinq fois le loyer et pourtant les agences me demandaient encore la caution de mes parents et une lettre de mon employeur ! Ici, on ne m'a ni dévisagé ni laissé mariner.» Seul bémol : A Vancouver, les «gens manquent d'humour». Mais ils râlent peu.
«Ça fait du bien de voir la France de loin, reconnaît Claire. Restée à Paris, je suis sûre que j'aurais voté non à la Constitution européenne pour tout un tas de raisons. Vu de Nouvelle-Zélande, les paramètres changent. En France, il y a des choses fabuleuses, comme la Sécu. Et la culture européenne est extraordinaire. A 19 000 kilomètres de distance, c'est beaucoup plus frappant.»
(1) Certains prénoms ont été modifiés.
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